Ces savants prennent les soucoupes au sérieux


Docteur Josef Allen Hynek, conférence de presse.
Photo: Alvin Quinn — Associated Press Archives 1966


Il est trop facile de prétendre qu’il s’agit de supercheries ou d'hallucinations.

LE 25 août 1966, un officier de l’armée de l’Air, commandant une équipe de lancement de missiles sur une base du Dakota du Nord, s'aperçut soudain que ses émissions de radio étaient perturbées par des parasites. Tandis qu’ils'efforçaient de remédier à cette situation, d’autres militaires signalaient la présence d’un «objet volant non identifié» brillant d'une lueur rouge vif et paraissant alternativement monter et descendre. Au même moment, l'équipe de radar au sol repéra l'objet à 30 000 mètres.

Le commandant des opérations de la base rapporta les faits en ces termes:

- Quand il monta, les parasites disparurent. Puis l'objet volant commença à piquer, plongea et sembla atterrir à 25 kilomètres au sud. Le service de protection du site de missiles envoya une patrouille d'intervention bien armée. Lorsque la patrouille se trouva à 15 kilomètres du lieu de l'atterrissage présumé, le contact radio avec la base fut interrompu par des parasites. Cinq ont huit minutes plus tard, l'objet décolla. On vit alors paraître un autre objet volant, dont la présence fut confirmée par le radar. Le premier passa sous le second; là encore, le radar en témoigna. Le premier prit de l'altitude en direction du nord et le second sembla disparaître dans une lueur rouge.

Voilà un exemple type des cas fort embarrassants que j'ai eu à étudier depuis dix-huit ans, en qualité de conseiller scientifique, au cours de l'enquête que mène l'armée de l'air américain sur les «objets volants non identifiés». Ce qui fait l'intérêt tout particulier du rapport qu'on vient de lire, c'est qu'un autre incident s'était produit aux environs de la base quelques jours plus tôt. Un policier avait aperçu en plein jour «un objet vertical qui planait en oscillant le long du flanc d'une colline, à environ 3 mètres du sol. Quand la chose arriva dans la vallée, elle s'éleva jusqu'à une trentaine de mètres et se dirigea vers un réservoir».

L'objet, qui avait à peu près 9 mètres de diamètre, sembla alors s'aplatir, et un dôme de petites dimensions devint visible à sa partie supérieure. IL resta en suspens au-dessus de l'eau pendant une minute, puis alla survoler un champ au-dessus duquel il s'immobilisa également, à environ 3 mètres du sol. (Cela se passait à quelque 75 mètres du témoin.) Après quoi, il se cabra et disparut rapidement dans les nuages. Ce récit a l'air fantastique; pourtant, j'ai moi-même questionné le policier et je suis convaincu de sa bonne foi.

Depuis que j'exerce mes fonctions de conseiller, l'armée de l'air des États-Unis n'a toujours soutenu que tous ces rapports résultaient de mystifications, d'hallucinations ou de fausses interprétations de phénomènes naturels. Dans l'ensemble, je partage cet avis. En tant qu'astronome de profession, je n'ai jamais eu aucune difficulté à expliquer la grande majorité des apparitions signalées.

Toutefois, je ne puis les expliquer toutes. Sur les 15 000 cas dont j'ai eu connaissance, plusieurs certaines me laissent encore perplexe et, parmi ceux-ci, certains même - disons 1 sur 25 environ - sont franchement ahurissants. Ils ont été rapportés par des gens honorables, intelligents, ayant souvent une formation scientifique: astronomes, contrôleurs aériens d'aérodromes, médecins, météorologistes, pilotes, professeurs d'université. Par crainte du ridicule, ils répugnaient souvent à faire part de ce qu'ils avaient vu et ne s'y résolvaient que poussés par le sens du devoir et le désir pressant de voir expliquer ces phénomènes irrationnels. C'est pourquoi, tout en restant loyal à l'égard de l'armée de l'Air, je me sens moralement obligé d'aborder ouvertement le mystère des «soucoupes volantes».

Opération Livre bleu. En 1948, lorsque j'entendis pour la première fois de ces objets, j'estimais qu'il s'agissait de pures fariboles. À l'époque, j'étais directeur de l'observatoire astronomique de l'université de l'Ohio. Un jour, j'eus la visite de plusieurs représentants du centre technique d'une base aérienne voisine. Visiblement embarrassés, ils abordèrent la question des «soucoupes» et me demandèrent de leur servir de conseiller.

IL ne me semblait pas que d'examiner les phénomènes qu'ils nous soumettaient dut me prendre beaucoup de temps et j'acceptai. Bien sûr, je supposais alors qu'il y avait, à tous ces cas une explication naturelle. Pourtant, au cours des années suivantes, on m'en soumit quelques-uns qui ne laissèrent pas de m'intriguer.

En réalité, l'armée de l'air américain n'‘a jamais consacré assez de temps ou d'argent à ce sujet pour pouvoir aller au fond des choses. La mise en oeuvre du programme d'étude des objets volants non identifiés, connu sous le nom d'opération Livre bleu, est confiée normalement à deux officiers et à un sergent qui disposent d'une pièce dans une base aérienne de l'Ohio. À partir de témoignages vagues et incomplets, ils doivent s'efforcer de découvrir des explications plausibles. De 1947 à 1965, 10 147 cas ont été examinés; 9 501 ont pu être expliqués selon les critères de l'armée de l'Air, ce qui en laisse plus de 600 classés comme «non identifiés».

«Nous sommes fermement convaincus.» Dans une note rédigée en 1952, j'exprimai l'opinion que la question méritait une étude approfondie. De fait, l'année suivante, l'armée de l’Air réunit une commission, formée de savants américains éminents, qui travailla quatre jours durant, mais ne put se pencher que sur 15 rapports. (Soit dit en passant, ils relataient des cas bien moins étonnants que certains qui se sont produits depuis.)

La commission conclut alors que «les témoignages n'indiquaient nullement que l'on pût considérer ces phénomènes comme une menace directe contre la sécurité du territoire américain», et elle ajoutait: «Nous sommes fermement convaincus qu'il n'y a rien là qui puisse être attribué à des engins étrangers capables d’actes hostiles ni rien qui donne faille à croire qu'il faille reviser nos concepts scientifiques actuels». Ce rapport est devenu le principal argument de l'armée de l'Air pour justifier sa position, qui tient en une phrase: il n‘y a pas lieu de s'inquiéter.

C'est en I953 que s'est produit l’un des cas les plus mystérieux qu‘il m'ait été donné d'étudier. Dans la nuit du 5 août, plusieurs personnes de Black Hawk, dans le Dakota du Sud, signalèrent qu'elles avaient aperçu plusieurs objets étranges dans le ciel. Des échos non identifiés apparurent sur l'écran de radar d'une base aérienne voisine. Un chasseur à réaction F-8, guidé par radio, s'envola dans leur direction, et bientôt son pilote signala qu'il en voyait un plus brillant que la plus brillante des étoiles et qui allait deux fois plus vite que son avion». Lorsqu'il le prit en chasse, la lueur «disparut purement et simplement». Au sol, cinq civils avaient assisté à la poursuite et confirmèrent les dires du pilote.

Un peu plus tard, on envoya un deuxième F84 vers l'objet, qui continuait d'apparaître sur le radar au sol. Cette fois, le pilote vit une forme qui émettait une luminosité d'intensité variable, et, quand il fonça dans sa direction, le voyant de son viseur s'éclaira: le radar de bord avait repéré un objectif: mais aussitôt la chose prit de l'altitude et fila vers le nord.

La base aérienne avertit le centre d'observation de Bismarck, dans le Dakota du Nord, à 390 kilomètres de là. Un sergent monta sur le toit, aperçut l'objet, qui bientôt disparut. Je me suis occupé moi-même de cette affaire sans pouvoir trouver d'explication.

Selon le même modèle? Au début, j'avais supposé que les apparitions se bornaient au ciel américain, mais à mesure que les années passaient, des rapports arrivaient de toutes les parties du monde. Dans les derniers temps, il y avait 70 pays sur la liste.

Nous ne possédions aucune preuve scientifique irréfutable - films ou photos dûment authentifiées, spectrogrammes des lueurs observées - sur laquelle fonder une opinion. Se pouvait-il, cependant, que tous les témoins sans exception eussent été victimes d’hallucinations?

De 1958 à I963, les observations commencèrent à diminuer tant en qualité qu'en nombre. Puis, à partir de 1964, elles reprirent de plus belle. Il semble que les apparitions les plus remarquables se produisent toujours selon le même modèle: les objets émettent une lueur rouge vif, ils restent stationnaires à quelques mètres du sol et produisent une sorte de bourdonnement suraigu, enfin, ils s'évanouissent en quelques secondes. À noter que les animaux sont terrifiés et, souvent, bien avant que l'homme n’ait encore rien vu.

Quatre explications. À mon avis, il y a quatre explications possibles:

1.Ce sont des fariboles, issues de supercheries ou d'hallucinations. Telle est l'opinion d'un certain nombre de mes collègues. Mais alors, étant donné le nombre des témoignages, j'estime que c'est à eux qu'il incombe d'en faire la preuve. Si l'on parle d'hallucinations, encore faut-il nous dire comment tant d'hommes, pendant tant d'années et à de telles distances les uns des autres, ont pu être pareillement abusés.

2.Ce sont des armes spéciales que l'on essaye dans le plus grand secret. Voilà qui est facile à réfuter. Les engins secrets sont habituellement expérimentés sur des emplacements géographiques bien délimités; pourquoi aller le faire sur des territoires étrangers?

3.Ce sont des engins qui viennent d'autres planètes. Je suis d'accord avec l'armée de l'Air: il n'existe aucune preuve irréfutable de l'existence de ces visiteurs. Cependant, il serait insensé d'en exclure la possibilité.

Pour le plaisir de discuter, j'aimerais vous présenter la chose sous son jour le plus favorable.

Alors que le total des étoiles peut se chiffrer, disons, par un suivi de 20 zéros, pourquoi notre soleil serait-il le seul de l'univers à avoir fait naître des formes intelligentes de vie? On pense à présent que la formation de systèmes planétaires fait partie d'un processus général d'évolution des étoiles; à supposer qu'une étoile sur dix ait engendré un groupe de planètes abritant la vie, leur nombre s'exprimerait alors par un suivi de 19 zéros.

Certaines étoiles ont plusieurs millions d'années de plus que notre soleil; autrement dit, la vie, ailleurs, a pu évoluer avec des millions d'années d'avance sur nous. Pourquoi d'autres êtres n'auraient-ils pu résoudre le problème du vieillissement, auquel nous commençons à nous attaquer. Si leur durée de vie était, disons, de 10 000 ans, un voyage spatial de 200 ou 300 ans serait pour eux relativement court. Or c'est le temps qu'il faut pour venir d'un système planétaire éloigné jusque dans le nôtre. Une civilisation très avancée, comme celle que j'imagine ici, tiendrait naturellement à surveiller l'évolution de la vie dans l'ensemble de sa galaxie.

Bien sûr, ce n'est encore que du roman d'anticipation, mais allons encore un peu plus loin. Les sceptiques demandent souvent pourquoi les «soucoupes volantes» n'essaient pas d'entrer en communication avec nous. On pourrait leur rétorquer: pour quoi faire? Je ne nous vois pas, nous hommes, nous efforçant de communiquer avec une nouvelle espèce de kangourou que l'on aurait découverte en Australie. Nous nous contenterions d'observer le comportement de cet animal.

4.Nous sommes en présence d'un phénomène naturel qui échappe tout à fait à notre entendement. Songez qu'en I867 nous ne connaissions rien de l'énergie nucléaire. Qui peut dire les choses étonnantes que nous apprendrons sur notre univers au cours des cent prochaines années?

Une recherche sérieuse. Toutes ces explications méritent d'être prises très sérieusement en considération. L'armée de l'Air des États-Unis a annoncé au mois d'octobre dernier qu'une enquête poussée sur les objets volants non identifiés allait être entreprise à l'université du Colorado par une équipe de savants éminents, sous la direction du Dr Edward Condon, qui était auparavant directeur du Bureau national américain des normes.

Pour ma part, j’aimerais faire deux suggestions:

- Primo, que l'on traite au moyen d'ordinateurs toutes les données intéressantes que nous avons glanées dans les rapports en provenance du monde entier, de façon à pouvoir rapidement comparer les nouvelles apparitions avec les anciennes et déceler ainsi les types de comportements des objets volants.

- Secundo, que l’on tâche d'obtenir de bonnes photographies. Bien que l'armée de l'Air des États-Unis ait probablement consacré jusqu'ici moins de crédits aux objets non identifiés qu’à l’achat de corbeilles à papier, je conçois qu’il serait peu raisonnable d’espérer qu’elle établisse à grands frais un système de surveillance des «soucoupes volantes». Quand l'une d’elles apparaît, le témoin, affolé, saute, en général, sur le téléphone et appelle la police qui, à tout coup, laisse passer l'occasion de fixer le phénomène sur la pellicule. Je propose que chaque chef de police s'assure qu’au moins une de ses voitures de patrouille est équipée d’un appareil en état de prendre des photos en couleurs.

Je travaille depuis des années avec l'armée de l'Air, et rien, à ma connaissance, ne justifie qu’on l’accuse de dissimuler quoi que ce soit sur ce chapitre pour prévenir une panique possible dans le public. En réalité, le ministère américain de la Défense n’a jamais cru, et ne croit du reste toujours pas que les objets volants aient un caractère fantastique. Il n’en reste pas moins que maintenant - et il n’aura pas fallu moins de dix-neuf ans - les aviateurs comme les savants sont enfin décidés à faire le point sur les «soucoupes volantes».





Direction             Direction